samedi 28 juillet 2007

Au dessus des toits.

Accoudé à ma fenêtre, je regarde les nuages défiler. L'après midi touche à sa fin, et le ciel semble si bas, que de mon petit studio mansardé, j'ai l'impression d'être au milieu d'une gigantesque nappe brumeuse. Je n'ai pas vu passer le jour, je ne vois pas venir la nuit. J'ai l'impression d'être perdu au milieu d'une immensité grise. Seul en pleine mer, en haut de mon mat. Il y a quelque chose de surréaliste dans cette vision. Le vent se lève.


J'aperçois à peine la rue, en bas. Je distingue vaguement quelques silhouettes furtives, des ouvriers sortant du travail, probablement pressés de rentrer chez eux, tenant leur petit chapeau de peur qu'il ne s'envole. La vie semble de plus en plus vaporeuse et fragile. Maintenant, le vent redouble de violence, fait tourbillonner les feuilles mortes et transporte avec lui une vague d'inquiétude presque palpable. Je suis content d'être à l'intérieur. Les nuages passent de plus en plus vite, et le ciel devient un maelström de brume tourbillonnant. Mon regard est comme aspiré par le paysage, cette scène hypnotisante, comme si la nature s'attaquait petit à petit à l'urbanité métallique, l'encerclant, la noyant, lui en arrachant des parcelles. Ce sont les antennes de télévision qui s'envolent en premier, puis ce sont des pans complets de toiture qui sont arrachés, les tuiles allant s'écraser dans les rues dans un fracas épouvantable. Puis le vent devient si fort que les éléments qui s'envolent semblent tourbillonner à leur tour et ne jamais vouloir atterrir. Le spectacle est terrifiant. Je ferme les stores. La bataille continue au dessus des toits, ça ne me concerne plus. Dans la pièce obscure, seulement éclairée par une petite lampe de chevet, je regarde Nox, assis sur le canapé, en train d'écrire. Quand il voit que je le regarde, il me fait un sourire un peu triste.


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dimanche 22 juillet 2007

Internet, c'est chouette

Oui, comme 2007. Internet est un monde merveilleux. Je termine ce week-end au domaine matriarcal avec des yeux de lapin albinos, certes, mais sans m'être ennuyé une seule seconde. Ou peut-être, si, juste au moment où j'ai écrit sur un post-it « Y'a des jours où l'on pourrait se laisser mourir en jouant au démineur ».


En deux jours sur Internet, il m'en est arrivé, des aventures. Non, je ne me suis pas créé de miniville, faut pas déconner. Par contre, moi aussi, j'ai bien fini par lire involontairement la fin de Harry Potter sur un blog. Triste monde tragique. Quelques phrases glissées subrepticement au milieu d'un post qui n'avait rien à voir, et paf! D'ailleurs je pourrai me venger sur l'instant en vous faisant le même coup, un peu comme quand P. nous a annoncé froidement la fin de Six Feet Under, au canard radioactif et à moi. Mais non, je serai magnanime. Vous allez néanmoins avoir rudement les boules (enfin pas tous, ça devrait même pas perturber grand monde) quand vous saurez que, a priori, Ron et Harry ne couchent JAMAIS ensemble, malgré le fait qu'ils débordent déjà littéralement de testostérone l'un comme l'autre, dès le 5ème épisode. Pour le reste, je m'en tape un peu le coquillard, j'ai déjà commencé à oublier ce que j'ai lu.


Bien involontairement aussi, j'ai mis une fan de Razorlight bien mal à l'aise quand je me suis emporté pour une histoire de jean slim et de converses. J'ai affreusement honte et c'est les deux genoux à terre que je la prie de me pardonner si elle passe dans le coin. Le net est un monde sans pitié, où la communication est bien difficile.


En vrac, sinon, j'ai découvert Patrick Wolf. C'est chouette. Puis aussi, je me suis découvert en avant première un nouveau futur camarade de classe homosexuel - fort sympathique au demeurant – ce qui tend à prouver une fois de plus que les études en lettres, com, et tous les machins rattachés à la culture sont de vrais viviers à pédés. Et enfin, j'ai redécouvert des blogs que je n'avais plus lus depuis longtemps, que j'ai remis en liens dans ma colonne, parce que ça fait plaisir.


Dans la série « non de non, je vous jure que je me suis pas ennuyé », j'ai longuement (au moins... hmmm... cinq minutes) communiqué avec le skaaz de Jean. Pour ceux qui savent pas ce que c'est (en même temps c'est pas vraiment grâve, c'est comme les minivilles, un truc qui va rester à la mode 3 semaines sur Internet), c'est un robot qui est censé répondre en votre absence sur votre blog. Parce que bon, parler avec des vrais gens ou avec des machines, quand on s'ennuie, quelle importance finalement? Comme la bestiole toute bleue a un vocabulaire très limité (et pourtant elle réfléchit très fort, regardez les tâches de sueurs sur son front si peu unifié!), il faut l'éduquer, un peu comme un furby. (Mais si, un furby ! Rappelez vous!) Bref, comme j'avais la flemme de m'en faire un à moi, j'ai capturé celui de Jean, charge à vous de le torturer, ça le fera grogner (Jean, pas le skaaz, qui restera imperturbable).





Sinon, (toujours parce que je m'ennuyais pas), j'ai encore changé quelques trucs dans le design, et j'ai mis Twiggy tout nu dans la colonne, ce qui n'est pas négligeable.


Voilà. Le week-end se termine, ainsi que mes merveilleuses aventures électroniques, retour aux jours ouvrables, sans Internet et probablement pour un petit moment. Vous avez plus qu'à m'écrire des blagues pour que je m'ennuie pas trop le week-end prochain, où, au choix, vous aurez droit soit à une divagation métaphysique dont je serai l'acteur central (cf. introspection putassière), soit à des trucs complètement futiles, un peu comme cette note, finalement.

5 commentaires:

À 23 juillet 2007 15:15 , Anonymous sophie a dit...

Jules ??? !!! ???

 
À 23 juillet 2007 21:43 , Blogger Parapluie a dit...

Euh... C'est pas chez moi la fin de HP par hasard ?
Désolé... C'était juste la fin du sixième,le sept est sur mon chevet :)

 
À 24 juillet 2007 16:48 , Anonymous elsia a dit...

c'est bizarre parce que moi quand tu me dis Twiggy, je pense petite anglaise, grands yeux de bambi dans les phares d'une 4L avec des cils à te chatouiller joliment la joue, jambes immenses, tâches de rousseur par constellations entières et.. et.. invention du mannequin anorexique et androgyne par un vogue complexé de pas rentrer dans les minis de mary et sur lequel soufflait soudain un peu du vent extérieur qui jetait aux ordures le soutien-gorge (quand on a rien à y mettre comme la bonne planche à pain anglaise mal nourrie qu'était Twiggy, c'est sûr, ça aide) et bien mieux le rouge à lèvre pouffiasse qui ressortait mieux pMur les pages noir et blanc. M'enfin c'est moi tu me diras et il est peut-être bien envisageable que je trouve malgré ses os saillants la donzelle plus appétissante que le harry à poils drus qui apparaît ces temps-ci, je garde une option éventuelle sur rupert parce qu'un garçon qui s'appelle rupert a forcément du potentiel, mais je dois manquer de testostérone, ça doit être ça...
Tu me diras aussi que je crains maintenant comment tu vas définir le style de ce commentaire, très lié à ton propos malgré son air joyeusement bordélique, car Twiggy fut l'égérie de la bonne époque du jean slim, sans converses parce que oui, le talon qui fait mal est l'ami du jean slim si porté à bon escient par un bambi féminisé, la fausse innocence est la voie, et que moi aussi j'erre à cette heure sur le net pour ne pas faire ce que je devrais faire, c'est-à-dire écrire un p*** de mémoire, c'est surtout ça le lien en fait ^-^
en espérant te faire bien rire à ton prochain passage ! (et merki pr le lien, c'est vrai que ça fait plaisir de te relire aussi !)

 
À 25 juillet 2007 16:12 , Anonymous C@T Power a dit...

Bon , je suis allée parler quelques econdes avec le skaaz de Jean, enfin le tien aussi du coup, et c'est vrai qu'il est un peu bidon! Je lui ai dis qu'il avait la grosse tête, il a peut être pas trop apprécié!
J'ai vu ton gentil mot d'excuse sur le blog de ma copine, un vrai gentleman. C'est gentil mais au fond, tu as dis ce que tu pensais, la franchise n'est pas un vilain défaut!

 
À 28 juillet 2007 17:23 , Blogger Julien a dit...

Sophie
Oui, c'est moi !

Parapluie
Lol, non, ce n'était pas toi, mais stupide comme je suis, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller voir ton blog et de vérifier par moi-même que non, je ne savais absolument pas ce qui se passait dans le six. Bon, en même temps, on m'a dit la fin de Sixième Sens, de Los Otros, de 6 Feet Under, et à chaque fois j'ai réussi à oublier, y'a pas de raison que ce ne soit pas le cas ici.

Elsia
Ah ben oui je comprends ta surprise quand tu as jeté un coup d'oeil dans la colonne alors !! Héhé oui, Twiggy c'est d'abord elle, qui partage d'ailleurs quelques points communs avec le Twiggy de mon coeur, son corps androgyne et osseux par exemple. Ach. Twiggy. Planche à pain mal nourrie. Oui, les cybererrances sont bien dures, mais ton commentaire m'a bien fait rire ;) Allez, courage pour le mémoire !

C@t : C'est un fait, il a une tête énorme. Il a pas du se vexer ;)

 

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vendredi 20 juillet 2007

Les jours ouvrables

Il y a certaines personnes qui semblent apparaître ou réapparaître pile poil quand on ne sait pas trop où on va, quand on ne sait pas trop ce qu'on fait. Je ne sais pas comment elles font mais je suis admiratif.


Il est une heure et demie de l'après midi. Je viens de passer dix minutes au téléphone et je suis content. Je suis levé depuis un bon bout de temps, mais j'en suis toujours au café. Le quatrième bol en fait. J'erre sur le net. J'ai pas très faim. Il va falloir que je me douche. J'ai les cheveux en vrac, les yeux encore un peu collés, comme si je sortais du lit. Ma barbe est un peu trop longue à mon goût, il va falloir élaguer. J'ai un peu froid aux pieds parce que je n'ai pas mis de chaussettes. Je porte un jean et la chemisette à rayures que m'a donné mon copain. C'est bizarre, ces rayures. J'aime bien mais je ne m'y habitue pas. Comme le fromage de chèvre, ça m'a toujours fait cet effet.


Aujourd'hui, introspection. Ou plutôt non, observation, interprétation, phase de pré-conclusion, comme dans les expériences de sciences de la vie et de la terre que l'on m'obligeait à faire au lycée sur des yeux de boeuf, des souris, des grenouilles, des poissons qui puent, ou plus blasant encore, sur des lamelles de verre déjà mortes depuis longtemps (ça c'est le plus chiant, au moins avec le reste, on a mauvaise conscience de jouer avec un bout de cadavre). Donc. Il se trouve qu'aujourd'hui, l'objet d'étude, c'est moi. Je me suis épinglé sur une planche, et je m'observe, attentivement, dans un nombrilisme putassier. Il faut, des fois. Je me suis souvent flagellé pour mon individualisme, et puis somme toute, j'ai relativisé.


D'un coup, mon avenir change. Un peu. J'ai une drôle d'impression dans le bide, dont je n'arrive pas à déterminer la constitution exacte. Je ne suis ni triste, ni content, ni apathique non plus, juste indécis, pour le moment.


La semaine dernière, il y a eu beaucoup de vent sur la place de Jaude. C'était chouette.



1 commentaires:

À 22 juillet 2007 12:27 , Anonymous kubrart a dit...

je suis d'avis aussi qu'on s'introspecte putassièrement plus souvent.

 

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samedi 14 juillet 2007

Vivre, c'est prouver qu'on vit?


En 2004 je me suis acheté un appareil photo numérique. Non non, je ne me suis pas posé la question de savoir si le numérique allait tuer l'argentique ni les enjeux des deux types de pratiques. C'était plus simple. Avant j'avais jamais pu prendre de photos, alors j'ai cassé ma tirelire pour m'en donner les moyens. Du coup, les deux années suivantes ont été marquées par les soupirs de mes amis systématiquement aveuglés en soirées, et par ceux de mon disque dur, saturé de dossiers de photos (souvent de plus en plus floues et douteuses plus l'on avance). Et petite maniaquerie ou déformation professionnelle (oh mon dieu que je déteste dire ça, même en sachant que c'est du second degré, ça me fait frémir), les photos sont classées par années, mois et dates, ce qui permet de les retrouver quand on veut.


Depuis 2007, rien. C'est fini. Les dossiers sont là, parce qu'il y a quelques photos chaque mois quand même, mais souvent des photos envoyés par d'autres que j'ai gardées. Moi j'en prends plus, ça m'ennuie, je n'y pense même plus en fait, et j'ai rarement mon appareil sur moi. Et quand je regarde les vieux clichés, je suis tout content à l'idée que je vais les développer un jour (fainéantise, quand tu nous tiens, je dis ça depuis 3 ans), alors que quand je regarde 2007, rien à développer. Pourtant, cette année, je m'en sors plutôt bien. C'était vrai : 2007, c'est chouette. Ou en tout cas ça commence bien. Mais je me demande si l'effet secondaire de ma réussite aura pas été le développement d'une forme d'hyperactivité dont le désagréable effet secondaire se manifeste par une légère aigreur. Aujourd'hui, peu m'importent pas mal de choses. C'est le cas des photos, c'est aussi le cas de ce blog. Le blog, ça a commencé à peu près en même temps. Je présume que ça procède de la même démarche. J'aimais avoir un blog, j'étais fier du magicien et de ses créatures. Et puis maintenant, je ne sais pas, plus de temps, plus d'envie, et c'est dommage parce que c'était quelque chose qui me faisait plaisir, tout comme les photos. Et c'est toujours con de se priver de quelque chose qui fait plaisir, c'est trop rare. Comme quand on grandit.


Et curieusement, en écrivant cette note, j'ai eu une drôle d'impression, un déjà vu. En cherchant dans mes archives, je suis tombé la dessus, 12 juillet dernier, un épilogue avant l'heure. Vitriol et chocs insuliniques. [Et pour les deux lecteurs et demis que je dois avoir depuis 6 mois que j'ai plus remis cet espace à jour, je bosse sur une navigation par mois en bas de page, c'est pas fini]

7 commentaires:

À 14 juillet 2007 15:50 , Anonymous cléo a dit...

les 2 lecteurs 1/2 te remercient :)

c'est la vie, l'envie te reviendra peut-être plus tard... l'identité internetienne est un leurre qui, une fois découvert, déçoit toujours. tout comme le pouvoir photographique.

à bientôt de te lire, malgré tout

 
À 15 juillet 2007 10:04 , Blogger Parapluie a dit...

Euh, puisque vous hantez mon agrégateur, je pense pouvoir être considéré comme lecteur...

3 et demi avec cléo qui, ma foi, prend beaucoup de place

 
À 15 juillet 2007 10:20 , Blogger Julien a dit...

Mais c'est que j'ai des lecteurs que je ne soupçonnais pas ! La magie du RSS, je peux recommencer mes radotages n'importe quand, et mes fidèles lecteurs sont au rendez-vous.

D'ailleurs, finalement, la réelle question est : qui est le demi? Qu'il se dénonce !

Parapluie, je n'étais jamais tombé sur vos correspondances, je sens que ça va me plaire. Cléo, votre identité est plus mystérieuse...

 
À 15 juillet 2007 15:36 , Anonymous Cléo a dit...

Le demi lecteur... une âme égarée peut-être?
Je ne commente pas beaucoup c'est vrai, mais j'aime bien te lire. Je me retrouve souvent dans tes textes. Comme quoi, la solitude et ce sentiment que la vie est souvent dépourvue de sens semblent inhérents à notre génération... (en socio ils appellent ça la post-modernité, ça mérite de se pencher sur la question)

 
À 16 juillet 2007 14:43 , Blogger Walter W. Malldwight a dit...

Euh... Bonjour.
C'était pour dire que 2007 c'était chouette pour d'autres..., mais aussi, et c'est fondamental il me semble, pour rappeler que 2007 rime avec pouêt.
Mais si.

 
À 17 juillet 2007 10:24 , Anonymous Sophie a dit...

Et moi qui te suis aussi depuis pas mal de temps déjà... toujours heureuse de te lire encore et encore...

 
À 18 juillet 2007 14:42 , Anonymous Cat a dit...

merci pour ton com sur mon espace msn,moi je viens souvent jeter un coup d'oeil à tes écrits et je suis toujours ravie d'en lire des nouveaux!
Ca a commencé en octobre pendant un cours a Vidéoformes, j'ai tout de suite aimé le "j'aime/ j'aime pas" (enfin quelqu'un qui déteste les clowns comme moi).
Continues d'écrire pour nous, tes lecteurs assidus...

 

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samedi 7 juillet 2007

L'éveil de Vincent.



V incent regarde par la fenêtre. Devant ses yeux, les plaines s'étendent à perte de vue. Il ne se rappelle plus depuis combien de temps il est là. Il aimerait détester cet immuable paysage, mais pourtant, il sait que ça le calme, ça le rassure. Ici, le soleil se lève perpétuellement. Il n'y a pas de nuit, il n'y a pas de jours. Juste le soleil qui se lève.


Dans certains états limites, la conscience des choses est soit au plus haut, soit au plus bas. Vincent est entre les deux, ou, plus précisément, passe de manière incessante d'un état à l'autre. Une veille mal programmée. Une léthargie troublé par l'instinct de survie.


Vincent rêve qu'il court et qu'il tombe. Il rêve d'une route qui franchirait la prairie, qui déchirerait les champs au delà, qui traverserait des déserts de milliers de kilomètres. Il rêve qu'au volant d'une vieille voiture, il parcourt cette immensité tandis que le soleil monte haut dans le ciel. Et là bas, tout au bout, il voit la grande ville. Autour des remparts, la végétation est de plus en plus rare. La nature semble s'être consumée, et le paysage urbain est tota lement dévasté.


Vincent pénètre dans l'enceinte de la cité. A l'entrée, deux hommes qui tiennent en laisse d'énormes chiens le regardent d'un air menaçant. Vincent ne se rappelle plus avoir croisé le regard de quelqu'un, auparavant. Il regarde autour de lui. Le béton et les restes de bitume se mêlent à la terre séchées. Les façades grises des bâtiments sont recouvertes d'enseignes lumineuses aux couleurs criardes. Les rues sont peuplées de gens au regard vide, errant sans but, de junkies gisant en bas des immeubles, de types balafrés à la peau tannée par le soleil, vêtus de vestes de cuir, un cran d'arrêt dans la poche. Dans les rues se succèdent squatts, hotels miteux, et bars et les casinos remplis de mafieux entourés de gardes du corps armés jusqu'aux dents et de femmes aux tenues provoquantes.


Vincent rêve de voitures carbonisées aux coins des rues, de querelles de dealers et de maquereaux, de black jack et d'accidents de voiture.


Mais Vincent a de plus en plus de mal à avancer. Il étouffe sans comprendre pourquoi. Tout semble irréel. La lumière jaunâtre et artificielle de la ville lui brûle les yeux. Le ciel devenu brun lui pèse sur les épaules, à tel point qu'il l'empêche de respirer. Vincent suit la route tant bien que mal, pieds nus sur le sol de terre séchée, et transpire sous sa veste de toile beige. Les gens autour de lui le regardent, le fixent jusqu'à lui en percer la peau. Lentement, le jeune homme sent son épiderme se craqueller et son sang commencer à couler. La toile de ses habits se teinte de rouge.


Vincent quitte brûtalement la ville. Par la fenêtre, il contemple le paysage. L'immensité des champs. Le soleil qui se lève. Vincent a un drôle de goût dans la bouche et se sent vâguement nauséeux. Un ancien parfum d'électrochoc. Il aurait sûrement envie de pleurer, mais aucune larme ne vient. Le salut est là bas. Il ouvre la fenêtre de son monde hors du monde, sort, et fait quelques pas dehors. Lorsqu'il enfonce ses pieds nus dans l'herbe recouverte par la rosée du matin, le contact est tellement agréable, qu'il doute presque. Mais il continue à avancer. Il ne peut pas attendre plus. L'herbe est parsemée de fleurs, le soleil se lève doucement, tout est simple. Il s'éloigne. Avait-il déjà essayé de quitter cet endroit? Il ne se rappelle plus. Un coup d'oeil par dessus son épaule. Derrière lui, tout a disparu.


Vincent se sent plein d'une euphorie nouvelle. Il court à travers les champs. Plus il avance, plus l'odeur des fleurs lui semble de plus en plus sucrée et enivrante. Mais au bout d'un moment, il lui semble que chaque pas lui paraît plus difficile à faire. Il doit être fatigué. Il n'avait plus marché depuis longtemps. Il ralentit la cadence. Ses jambes sont lourdes. Le parfum entêtant des fleurs est maintenant écoeurant. Les herbes de la prairie semblent vouloir l'empêcher d'avancer. Ses jambes s'emmèlent dedans. Vincent commence à paniquer. Il tombe. Il se relève, avance encore de quelques mètres. Puis, trop fatigué pour résister d'avantage, il tombe à nouveau, inconscient, dans un tapis d'herbes hautes et de fleurs.


Sa chute soulève un gros nuage de pollen jaune.



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